Chaire Unesco Emir Abdelkader pour les Droits de l'Homme et la Culture de Paix

 

 

          

Une chaire Unesco pour les Droits de l’Homme et la Culture de Paix à l’Université d’Alger I… 

    Il va sans dire que la promotion des valeurs universelles des Droits de l’Homme et de la Culture de la Paix constitue aujourd’hui une priorité pour les différents systèmes éducatifs dans le monde. C’est à cette évidence que nous renvoient les recommandations de l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Culture et la Science, dont particulièrement La Recommandation sur l'éducation pour la compréhension, la coopération et la paix internationales et l'éducation relative aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales (1974) et Le Cadre d’action intégré concernant l’éducation pour la paix, les droits de l’homme et la démocratie (1995).

    De ce point de vue, l’Université d’Alger I, historiquement la première institution d’enseignement supérieur du pays, ne peut que contribuer, au moyen de l’enseignement et de la recherche, à la promotion des valeurs universelles de paix, de non-discrimination, de tolérance et de respect de la dignité humaine. Fondée en 1909, l’histoire moderne retient de cette prestigieuse institution d’Afrique du Nord le lourd tribu qu’elle dût payer au nom des principes de liberté, d’égalité et de justice ; nonobstant la politique de ségrégation imposée durant la période coloniale aux étudiants algériens soumis à l’infâmant statut de l’indigénat, cette institution donna en sacrifice plusieurs de ses enfants pour l’indépendance du pays (Amara Rachid, Taleb Abderrahmane, Bazi Fafia…etc.). Témoigne aujourd’hui du dévouement de ces martyrs de la dignité et du droit des peuples à disposer de leur destin la stèle commémorative dressée en leur mémoire à l’entrée de la bibliothèque de l’Université, cette même bibliothèque qui, rappelons-le, avait entièrement été détruite lors de l’attentat à la bombe perpétré par l’OAS dans l’enceinte de l’institutions le 7 juin 1962 condamnant aux flammes plus de 600.000 ouvrages et manuscrits.  

  Comptant aujourd’hui cinq facultés (Droit, Sciences islamiques, Médecine, Sciences exactes et Architecture), l’Université d’Alger I rassemble une communauté enseignante et estudiantine aussi large que variée. Une pluralité de spécialité la rend plus disposée que toute autre à prendre part à la promotion des principes universels portés par l’Unesco (le Droit pour penser les instruments juridiques de protection des droits humains, les Sciences islamiques pour promouvoir le dialogue interreligieux et un islam de paix et de tolérance, l’Architecture pour réfléchir les modalités de préservation du Patrimoine…etc.).

 

Pourquoi une chaire des Droits de l’Homme et la Culture de Paix au nom de l’« Émir Abdelkader » ? 

    En proposant de baptiser une Chaire Unesco pour les Droits de l’Homme et la Culture de Paix au nom de l’Emir Abdelkader (1808-1883), l’Université d’Alger I et l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Culture et la Sciences entendent rendre hommage à une personnalité hors pair de l’histoire algérienne dont la contribution au domaine des droits humains et du dialogue interreligieux est aujourd’hui unanimement reconnue.

    Fondateur de l’Etat algérien moderne et porte étendard du droit des peuples à décider de leur destin, l’Emir Abdelkader fut en son temps reconnu, même par ceux à l’avoir combattu, pour sa grandeur morale et son humanisme. Philosophe, juriste et homme politique, l’histoire retiendra de l’Emir Abdelkader le fait d’avoir été l’un des précurseurs du droit international humanitaire en entreprenant, au début du XIXe siècle, la rédaction d’une « Charte pour la Protection des victimes et des droits des prisonniers de guerre » (Mîthâq hifz dahâyâ al-harb wa hifz huqûq al-usârâ) ; une compilation qui devait, au dire de bon nombre d’historiens du droit, tracer la route vers la codification du droit humanitaire moderne, faisant ainsi de l’Emir, comme l’affirme le président du CICRPeter Maurer (2013), l’un des précurseurs de la rédaction du droit international humanitaire bien avant la convention de Genève de 1864.

    Une autre contribution de l’Emir au droit de la guerre : l’intervention humanitaire. Bien qu’ayant été contraint à déposer les armes en 1847 pour se voir emprisonné en France puis exilé à Damas, l’Emir ne perdit rien de son humanisme ; homme d’action et de parole, le jour où éclata, le 9 juillet 1860, l’émeute antichrétienne de Damas, il n’hésita pas au péril de sa vie et de celle de ses proches à prendre la défense des minorités non musulmanes, sauvant ainsi près de 12.000 chrétiens d’une mort certaine. Bien que cet acte de bravoure lui valut alors la reconnaissance de la communauté internationale, il ne vit en cette intervention qu’un simple « devoir imposé par la Loi mohammadienne et les droits de l’Humanité » ; par delà l’humilité véhiculée par cette parole, on peut aujourd’hui donner à la formulation de l’Emir une double vocation: elle élabore d’une part, conformément au précepte musulman qui impose d’« ordonner le louable et dénoncer le blâmable » (al-amr bi al-ma‘rûf wa al-nahy ‘ani al-munkar), le principe de « devoir d’ingérence » dans les conflits armés, principe désormais essentiel du droit international humanitaire ; elle théorise, d’autre part et sans doute avant l’heure, la notion « d’Humanité » en tant qu’entité juridique dotée de droits opposables aux personnes la composant ; une conception de l’Humanité qui explique, et à bien des égards, l’engagement de l’Emir Abdelkader dans la voie du dialogue interreligieux et du rapprochement entre les peuples ; n’est-ce pas lui qui disait si bien à ce propos : « Si les Musulmans et les Chrétiens avaient voulu me prêter leur attention, j’aurais fait cesser leurs querelles ; ils seraient devenus, extérieurement et intérieurement, des frères. »

 

Les objectifs de la chaire Unesco Émir Abdelkader pour les Droits de l’Homme et la Culture de Paix

    Conformément à l’article 2 de l’accord de création de la Chaire Unesco Emir Abdelkader pour les Droits de l’Homme et la Culture de Paix signé le 15 juin 2016 entre le Recteur de l’Université d’Alger I et Madame la Directrice générale de l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Culture et la Science, cette chaire a pour objectif de « promouvoir un système intégré d’activités de recherche, de formation, d’information et de documentation dans le domaine des droits de l’homme, de la culture de la paix et de la philosophie du droit ». Elle œuvre également à « faciliter la collaboration entre chercheurs de haut niveau, professeurs de renommée internationale de l’université et des institutions d’enseignement supérieur d’Algérie, d’Afrique, des Etats arabes, d’Europe et d’autres régions du monde ».

    Pour la réalisation de ces objectifs, l’article mentionné attribue à la Chaire les prérogatives suivantes :

  • Dresser un annuaire des experts en droits de l’homme, de la culture du vivre ensemble et des questions de genre ;
  • Organiser des colloques internationaux et séminaires pour contribuer à promouvoir la recherche académique sur les apports de l’islam à une culture de la paix, aux droits de l’homme, à l’égalité des genres et à la diversité culturelle et religieuse ;
  • Publier des résultats de recherche, des actes de colloques, etc.
  • Préparer des recommandations à l’adresse des décideurs, et
  • Coopérer avec l’Unesco et ses chaires sur des thématiques et programmes pertinents.

 

Composition de  la Chaire Unesco Emir Abdelkader pour les Droits de l’Homme et la Culture de Paix

Directeur-fondateur :

   M. Issam Toualbi, Maître de Conférences à la Faculté de Droit de l’Université d’Alger I (Curriculum vitae). 

Membres fondateurs permanents :

  • Mme. Zeggane Radia, Professeur en Sciences humaines à l’Université d’Alger II.
  • M. Bouyerdene Ahmed, Docteur en Histoire de l’Université de Strasbourg.
  • M. Djeffal Belaïd, Maître de Conférences à l’Ecole normale supérieure d’Alger.
  • M. Lalai Sadek, Maître Assistant (A) à la Faculté de Droit de l’Université d’Alger I.
  • Mlle. Benabbou Nassima, Maître Assistante (A) à la Faculté de Droit de l’Université d’Alger I.
  • Mlle. Lakhdar Ezzine Hadjar, Maître Assistante (A) à l’Université de Médéa.
  • Mme. Bentounès Mehdia, Chercheuse à l’Université d’Alger I.

Membres fondateurs invités :

  • M. Eric Geoffroy, Professeur d’Islamologie à l’Université de Strasbourg (France),
  • Mme. Nadia Mimouni, Maître de Conférences à l’Université d’Evry (France),
  • M. Hamid Demmou, Maître de Conférences à l’Université de Toulouse 2 Capitole (France),
  • Mme. Simon-Khedis Setty, Agrégée en Philosophie et ancienne responsable de la documentation à la Délégation permanente de l’Algérie à l’Unesco,
  • Mlle. Aurélie Clément, Doctorante à l’Institut des langues et civilisations orientales (INALCO). 

 

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